La hausse du prix du pétrole : un phénomène
irrationnel ?
La hausse est survenue
quand on l’attendait le moins, au lendemain de la deuxième guerre du
Golfe, en avril 2003. On tablait alors sur une augmentation de la
production irakienne et le retour à un prix d’équilibre physique
estimé autour de 25 dollars le baril (25 $/b). Mais les prix du
pétrole sont repartis à la hausse au cours de l’été 2003, atteignant
29,4 dollars le baril en moyenne en août. Le prix du pétrole retenu
ici est le prix du Brent, pétrole
« léger/doux », le moins cher à raffiner, qui fait
référence pour le marché européen. L’historique des cours retracé
par la Direction des ressources énergétiques et minérales du
ministère de l’économie met en évidence une hausse continue des
cours du Brent entre décembre 2003 (29,81 $/b en
moyenne) et octobre 2004 (49,78 $/b en moyenne).
Trois facteurs sont
avancés pour expliquer la flambée des
cours observée notamment depuis 2004. D’abord, une forte
demande mondiale émanant notamment de la Chine, désormais second
importateur mondial derrière les Etats-Unis. Ensuite, les tensions
géopolitiques (Venezuela, Nigeria, situation au Moyen-Orient,
affaire Ioukos en Russie, faiblesse des stocks pétroliers et
insuffisance d’investissements dans les capacités de raffinage aux
Etats-Unis). Enfin, une vague de froid en Europe et aux Etats-Unis,
début 2005, qui pousserait à des achats massifs de nature
spéculative.
La spirale de la hausse se
poursuit en dépit du maintien de l’offre globale
de pétrole brut qui sert à couvrir les besoins de
consommation. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie
(AIE), l’offre mondiale de pétrole au 2e trimestre 2004 a excédé la
demande de 150 000 barils/jour en moyenne. Les stocks de brut dans
la zone OCDE ont continué à progresser (69% de la production
consommée en 2002 contre 75% en 1973) et représentent, en 2005, près
de 80 jours de couverture des besoins.
L’impact de la hausse des cours du pétrole depuis
2003 : un nouveau choc pétrolier ?
La hausse des cours du pétrole depuis 2003 a un impact
sur l’économie, sur la facture énergétique et l’inflation notamment,
mais il est moindre que lors des chocs pétroliers de 1973 et de
1979. Pourquoi ?
Tout d’abord, la situation de la
France énergétique de 2005 n’est pas comparable à celle de
1980. Avec le choix du nucléaire en 1974, elle a réduit sa
dépendance en pétrole de 50 % : le parc EDF de centrales
nucléaires produit aujourd’hui plus de 80 % de l’électricité
nationale. En outre, une meilleure utilisation du pétrole et la
tertiarisation de l’économie française ont conduit à une
amélioration de l’intensité énergétique : 40,7 unités de
pétrole sont désormais nécessaires pour constituer une unité de PIB,
contre 100 en 1973. Selon le ministère de l’économie, la facture
énergétique française ne représenterait plus, en 2003, que 1,47% du
PIB en 2003 contre 5% en 1982.
Autre argument avancé pour relativiser l’impact de la
hausse des prix du pétrole en France et en Europe : la hausse de l’euro par rapport au dollar. Le
prix du pétrole exprimé en dollars a progressé d’environ 40% depuis
un an et demi, mais de 20% en euros. En 2003 et 2004, la forte
dépréciation du dollar a permis de limiter la hausse en euros du
prix du baril.
La part du pétrole dans la production mondiale
d’énergie a diminué au cours des 30 dernières années : en 2004,
elle représente le tiers de la production contre environ la moitié
en 1973. Les pays de la zone OCDE sont
devenus moins dépendants du pétrole
grâce à des moyens de transport et de chauffage plus économes, un
recours accru au gaz et au nucléaire et une montée en puissance des
services. Conséquence logique de cette plus grande autonomie
vis-à-vis du pétrole - à l’exception des pays en voie de
développement -, l’inflation est de moins en moins sensible à
l’évolution des cours de l’or noir. De plus, dans un contexte de mondialisation et de concurrence
accrue, les entreprises sont davantage tenues de limiter la
répercussion de la hausse de leurs coûts de production sur leurs
prix de vente.
Quelles conséquences en 2005, et à plus long
terme ?
L’impact de la hausse du
prix du pétrole sur le projet de budget pour
2005 a donné lieu à débat, notamment au Parlement. Le
projet de loi de finances est en effet fondé sur une hypothèse de
croissance de 2,5%. Estimant la hausse des cours du pétrole de
nature conjoncturelle, le gouvernement a apporté des aides
ponctuelles pour certaines professions particulièrement touchées
comme les marins pêcheurs, les transporteurs routiers et les
agriculteurs.
Parmi les analyses qui confortent cette position sur
le caractère conjoncturel de l’envolée des cours
du pétrole figurent les projections faites par le ministère
de l’économie et par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et
l’OCDE. Pour le ministère, une augmentation de 20% début 2006 (le
baril de Brent passant de 35 dollars à 42 en
moyenne) se traduirait par un ralentissement de la croissance de 0,1
point en 2006 puis 0,2 point en 2007 et 2008. Avec une augmentation
d’un demi-point de l’inflation au bout de 2 ans, l’effet sur les finances publiques serait quasi
nul. La Direction générale de l’énergie et des matières
premières considère que l’envolée des cours constatée en 2004 n’a
encore produit ni effet baissier sur la demande ni augmentation de
l’effort d’exploration de la part des compagnies pétrolières. Selon
l’AIE et l’OCDE, une hausse de 10 dollars par baril coûterait aux
pays de l’OCDE 0,4 point de croissance (-0,12 pour la France en
raison de son parc nucléaire).
A plus long terme, quel
effet aura la hausse du prix du pétrole ? A l’horizon 2050,
toutes les prévisions indiquent que l’accroissement de la demande
d’énergie primaire se poursuivra à un rythme soutenu dans les
prochaines décennies et que la part du pétrole dans ces besoins
restera prédominante. La hausse de la demande de pétrole accélérera
l’épuisement de la ressource, les nouvelles découvertes de gisements
pétroliers étant de plus en plus rares.
Vous trouverez dans ce dossier des sélections de
rapports, de sites
internet, de
discours des différents acteurs politique s’exprimant sur la
hausse des prix du pétrole, ainsi qu’une chronologie
relative aux cours du pétrole depuis 2000.