|
Les prix de l’essence
atteignent de nouveaux sommets
Jamais les Canadiens n’ont eu à payer
aussi cher pour de l’essence qu’à l’été 2005.
Partout au pays, le prix moyen à la
pompe était supérieur à 1 $ le litre à la mi-août et
l’essence sans plomb régulière affichait une moyenne de
94,9 $ pour juin, juillet et les deux premières semaines
d’août, comme en témoignent les données de M.J. Ervin
Associates de Calgary.
Alors que le mois d’août tirait à sa
fin, l’ouragan dévastateur Katrina frappait la côte du
golfe des états-Unis. Katrina a forcé l’interruption des
activités de production pétrolière au large des côtes et
endommagé de nombreuses raffineries côtières ainsi que
le Louisiana Offshore Oil Port (LOOP), le plus important
centre d’importation du pays. Du côté des
approvisionnements, les prix du pétrole et de l’essence,
qui avaient commencé à se stabiliser, ont augmenté de
nouveau.
Même en dollars indexés, les prix de
l’été dernier ont fracassé le précédent record du prix
annuel moyen au Canada qui datait de 20 ans. Selon
Statistique Canada, ce record annuel a été établi en
1985 avec 51,4 cents le litre. En dollars indexés de
2005, ce prix correspond à 86,1 cents le litre, soit
plus de 8 cents de moins que la moyenne établie à 94,9
cents le litre cet été.
La flambée des prix de l’essence de
1985 a eu lieu à la suite d’embargos sur le pétrole qui
avaient duré plus de dix ans, d’une guerre dans les pays
producteurs du golfe Persique et d’un taux d’inflation
qui atteignait 10 %. Selon l’analyse BP Statistical
Review of World Energy, les prix annuels moyens du
pétrole brut oscillaient entre 25 $ et 38 $ US le baril
de 1979 à 1982.
En dollars indexés de 2005, ces
chiffres correspondent aujourd’hui à des prix oscillant
entre 68,25 $ et 96,40 $ le baril. Ce n’est que trois
ans plus tard que les prix à la pompe ont atteint leur
point culminant, soit en 1985. Cette hausse était en
partie attribuable aux prix du brut qui demeuraient bien
au-dessus des moyennes à long terme, mais aussi aux taux
d’intérêts qui poursuivaient leur ascension pour
s’élever à plus de 16 pour cent, faisant ainsi gonfler
les coûts d’exploitation.
Alors que la hausse fulgurante du prix
du pétrole de cet été, qui a atteint 66,86 $ le baril,
ne pourrait se mesurer aux prix en dollars indexés des
années 1980, les prix de l’essence ont atteint des
sommets beaucoup plus élevés que ceux enregistrés à
cette période. Au cours des années 1980, le prix annuel
moyen de l’essence s’est maintenu entre 80 et 85 cents
le litre, alors que le prix moyen de cet été frôlait les
95 cents le litre.
Selon Dane Baily, porte-parole des
raffineurs et des commerçants membres de l’Institut
canadien des produits pétroliers, le prix à la pompe
actuel - qui dépasse d’environ 10 à 15 cents le litre
les prix en dollars indexés des années 1980 - est
principalement attribuable aux taxes.
Selon les données de Statistique
Canada, les taxes sur l’essence ont augmenté de 6,7
cents à 13,4 cents le litre entre 1980 et 1985, ce qui
de nos jours équivaut à 16 et 22,5 cents le litre,
tandis qu’à l’heure actuelle au Canada, les taxes
comptent en moyenne pour 33,8 cents par litre
d’essence.
« Au cours des années 1990, les prix de
l’essence avant les taxes ont diminué avec le coût du
pétrole brut. Mais les prix à la pompe ne reflétaient
que partiellement la baisse du prix de gros puisque les
gouvernements fédéral et provinciaux ont augmenté les
taxes, incluant la TPS qui, en somme, est une taxe sur
les autres taxes », a fait remarquer M. Baily.
« Nos membres ne prennent pas position
en matière de taxation. Cette affaire concerne les
électeurs et leurs gouvernements. » Il ajoute toutefois
que les marges de profit des raffineurs et des
commerçants se sont maintenues à une moyenne de 1,2 cent
le litre au cours des huit dernières années.
« Même dans les meilleures années, la
marge de profit de notre industrie n’a jamais atteint
deux cents le litre, alors que celle des gouvernements
est d’environ 30 cents le litre », souligne-t-il.
M. Baily indique qu’un autre facteur
responsable de la hausse des prix de l’essence est la
forte croissance de la demande qui n’a pas été
satisfaite par des capacité de raffinage additionnelles.
Bien qu’aucune nouvelle raffinerie n’ait été construite
en Amérique du Nord depuis 20 ans, le potentiel des
raffineries en place a été augmenté de façon
significative. Mais selon M. Baily, cette inititative ne
s’est pas révélée suffisante pour s’adapter au rythme de
la nouvelle demande. Les raffineurs ont investi de
grandes sommes afin de répondre aux exigences
réglementaires liées à l’environnement, dont 5 milliards
$ pour réduire de façon significative la teneur en
soufre de l’essence et du diesel. Ils sont toutefois
réticents à débourser de 2 à 3 milliards $ pour bâtir
une nouvelle raffinerie en raison des marges de profit
insuffisantes durant la majeure partie des années
1990.
© Centre canadien d’information sur
l’énergie. Rédigé par Brian Burton, journaliste du
secteur énergétique établi à Calgary, pour l’édition de
septembre 2005 du bulletin mensuel au http://www.centreinfo-energie.com/.
N.B. Les données statistiques peuvent
varier en fonction de leur provenance et de leur date de
publication. Les sources utilisées pour cet article
incluent la Banque du Canada, l’analyse BP Statistical
Review of World Energy 2005, l’Institut canadien des
produits pétroliers, l’Agence internationale de
l’énergie, M. J. Ervin & Associates, Statistique
Canada et le U.S. Department of Energy Information
Administration.
Prix de l’essence et du pétrole brut : tendances
historiques
Essence : Questions et
réponses
En réponse à l’intérêt intense
manifesté par le public pour cette question, le Centre
info-énergie a préparé les réponses suivantes aux
questions qui sont souvent posées concernant le prix de
l’essence.
Les prix et les taxes mentionnés sont
ceux en vigueur le 3 avril 2003.
Question —
Lorsque le prix mondial du pétrole augmente, les prix de
l’essence au Canada augmentent immédiatement, avant même
que le pétrole plus dispendieux ait eu le temps d’être
raffiné et d’atteindre le marché. N’y a-t-il pas une loi
qui empêche cela?
Réponse — Il y a souvent
confusion chez les consommateurs canadiens concernant le
temps qu’il faut pour qu’un changement dans le prix du
brut se reflète dans les prix à la pompe. Cela
s’explique par le fait que la réglementation
gouvernementale et les pratiques de l’industrie ont
changé avec le temps.
L’opinion générale veut que le pétrole
brut, ainsi que tout changement dans le prix de
l’essence, prennent environ 60 jours pour franchir les
étapes du raffinage et de la mise en marché et atteindre
le marché au détail.
Cette règle des 60 jours a été établie
durant les crises énergétiques des années 70 et 80,
alors que l’organisation des pays exportateurs de
pétrole imposait d’énormes augmentations de prix. Le
prix du pétrole est alors passé de 2,50$ US le baril en
1972, à 35$ en 1983.
Les prix canadiens du brut étaient
fixés à un certain pourcentage du prix mondial, afin de
protéger les consommateurs et les entreprises
canadiennes. Malgré la présence decette protection, les
autorités fédérales ont aussi déclaré que les prix de
l’essence ne pouvaient être augmentés jusqu’à ce que le
brut plus dispendieux n’atteigne les pompes, soit de 45
à 60 jours plus tard.
Puis, au milieu des années 80, les prix
mondiaux ont connu une baisse prononcée et prolongée. En
conséquence, le délai dans l’affichage des prix a perdu
la faveur du public qui voulait que les baisses du prix
du brut soient reflétées plus rapidement aux pompes.
L’industrie canadienne était en faveur
de cette demande, car le délai rendait l’industrie
extrêmement vulnérable à la concurrence des produits
raffinés importés des États-Unis. Les raffineurs
américains, utilisant les prix en temps réel, pouvaient
en effet acheminer de l’essence à plus bas prix vers le
marché canadien, ce qui causait des pertes importantes à
l’industrie canadienne.
En laissant les prix à la pompe
refléter de façon instantanée les baisses du prix du
brut, le gouvernement fédéral a répondu aux attentes des
consommateurs canadiens autant qu’aux exigences de
l’industrie canadienne en matière de compétition.
Aujourd’hui, comme il n’y a plus de
barrières à l’établissement de prix compétitifs, le prix
de l’essence est influencé par quatre facteurs:
- Le prix mondial du pétrole;
- Les coûts et les stocks des
raffineries;
- Le niveau des taxes fédérales et
provinciales;
- La compétition entre les détaillants
locaux.
Les taxes, qui représentent de 35 à 50
% du prix de l’essence, ont tendance à être stables et à
amortir l’impact des changements du prix du brut ou de
la concurrence locale. Par ailleurs, les stocks des
raffineries ou la compétition locale peuvent avoir un
effet contraire sur le prix à la pompe.
Les experts de l’industrie estiment
qu’à long terme, les prix à la pompe montent et
descendent au rythme des variations du prix du brut,
mais que, sur une base quotidienne, d’autres facteurs
peuvent masquer l’effet du prix du brut. Afficher toutes les questions
|