ENERGIE - DES SOLUTIONS POUR PRODUIRE SANS DETRUIRE L'ENVIRONNEMENT
" Il n'y a pas de crise de l'Energie, mais simplement une crise d'Ignorance " B.Fuller

L'autarcie énergétique de l'agriculture par la méthanisation des déchets
Page créée le 29 mai 2002


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Le premier dossier que nous vous présentons dans cettenouvelle section date de 1981 mais est cruellement d'actualité. A cette époque,de nombreux espoirs semblaient permis…

MM. Plas et David travaillent d'arrache-pied sur labiomasse. Recueillant, lisant, comparant toute la littérature du monde entiersur ce sujet, ils se rendent très vite compte qu'il n'existe aucun systèmesatisfaisant, et mettent donc au point et obtiennent deux brevets sur des systèmesnovateurs et modulables selon l'importance des besoins : l'un à bargesflottantes pour la fermentation des solides, l'autre, pour les lisiers - véritableintestin digesteur.

Avec leurs inventions : plus d'odeurs insupportables maisau contraire en prime l'obtention de produits récupérables pour les besoins dela ferme et / ou une commercialisation.

Mais pourquoi tout ce travail, pourquoi toutes ces bonnesidées ne furent pas récompensées ?

Au contraire elles furent mises aux oubliettes et ce,peut-être parce que les brevets Plas - David présentés aux organismes intéressés(ou qui auraient dû l'être) comportaient le texte que nous vous présentonsci-après : une analyse pertinente sur la survie du monde agricole, survie liéeà l'autarcie énergétique du monde rural.

Dans leur analyse, ils mettent en évidence la nécessitédu principe de l'autarcie énergétique pour une bonne gestion et un développementréel et durable de la vie des agriculteurs français et même étrangers.

Certes l'analyse est percutante mais elle a certainementdesservi ses auteurs.

A l'époque il n'y a eu aucune retombée des organismes etinstances alertés (par nos soins) alors qu'ils avaient reçu des dossierscomplets pourtant sérieux et bien documentés.

Côté ministères : même pas d'accusé de réception desrecommandés

Côté élus locaux : rien

Côté commission énergie des écologistes (censée s'enoccuper)…silence radio…

Pourtant les inventeurs avaient fait à Sophia Antipolisdes présentations de leurs techniques qui ont été accueilliesfavorablement…

Un INRA a même expérimenté avec succès le système defermenteur des solides…

Et aujourd'hui, 20 ans après et quelques milliers detonnes de lisiers déversés dans les nappes phréatiques, les problèmes sesont accentués encore plus profondément dans le monde agricole, en particulierdans les plus petites exploitations


J et B Soarès


Si ce document qui accompagnait les dossiers desinventeurs et que nous sommes les premiers à publier vous sembleintéressant, n'hésitez pas à le faire connaître autour de vous,auprès d'agriculteurs, Ecoles d'agriculture et organisationssyndicales…

Nous vous rappelons que maintenant et depuislongtemps, faute de moyens pour protéger ces inventions, les brevetssont dans le domaine public.


Nos deux chercheurs sont passés à d'autres chosesdepuis longtemps mais leurs écrits et brevets demeurent, le sujet estriche d'enseignements mais 20 ans après, n'est-il pas déjà trop tard?




REFLEXIONS SUR L'INTERET DE L'AUTARCIE ENERGETIQUE
DE L'AGRICULTURE PAR LA METHANISATION DES DECHETS



M. David et L. Plas (1981)

La biomasse n'est certes pas la solution universelle maiselle présente à nos yeux l'avantage d'être l'énergie de l'agro-alimentaireproduite avec elle et en même temps qu'elle est capable de la libérer dumarasme dans lequel la crise de l'énergie l'a plongée depuis bientôt 8 ans.

La biomasse, qu'elle soit ordures ménagères, déchetssolides agricoles et alimentaires, litières et fumiers, effluents industrielset agricoles, lisiers et fientes, eaux résiduaires et effluents urbains sontdes sources d'énergie produite localement qu'il faut traiter pour les épureret en tirer des richesses indûment négligées dont les bio engrais et les biocarburants.

La protection de l'environnement et surtout celle de l'eauest maintenant considérée comme une nécessité. L'épuration des effluentspolluants nécessite déjà un investissement à fonds perdus. La rentabilitéde cette opération n'étant pas évidente pour tous, il a fallu procéder àdes pressions notamment en prélevant des taxes qui financent lesinvestissements de stations d'épuration.

La fermentation anaérobie méthanogène des effluents nenécessite guère plus d'investissements que la fermentation aérobie tandisqu'elle réalise en même temps que l'épuration une valorisation par laproduction de méthane, de produits fertilisants ou commercialisables tels quele gaz carbonique liquéfié ou des provendes riches en protéines. Il paraît dèslors absurde de détruire cette énergie et ces richesses par une épuration aérobiequi consomme de l'énergie.

La fermentation méthanigène des déchets solides etliquides assure non seulement la fonction épuration et assainissement maisencore apporte in situ à l'entreprise agricole l'énergie, les engrais etl'humus et des produits valorisés commercialisables.

Ce méthane biologique associé avec d'autres énergiesproduites localement peut rendre l'agriculture autarcique dans ce domaine.

L'indépendance énergétique a pour effet d'affranchirles prix agricoles de celui de l'énergie. En effet, en 35 ans, l'agricultureest devenue fortement dépendante de l'énergie et des engrais chimiques eux-mêmesfortement dépendants de l'énergie puisqu'il faut environ 2 litres de pétrolepour produire 1,6 kg d'engrais azoté.

Dans le monde d'aujourd'hui, il existe 2 richessesfondamentales. L'une est l'énergie qui fait vivre l'industrie. L'autre est l'agro-alimentairequi fait vivre l'homme. L'une et l'autre sont des armes puissantes dans lesmains des états. On a parlé de pouvoir vert que l'on oppose au pouvoir de l'énergie.mais si on remarque que l'agro- alimentaire s'alimente d'énergie, on en conclutque le véritable pouvoir appartient à l'énergie. De plus, l'arme alimentaireest d'un usage difficile compte tenu de la réprobation morale qu'elle suscite.

Cependant l'agro-alimentaire n'en constitue pas moins unemonnaie d'échange pour l'économie française mais sa dépendance énergétiquelui retire de l'efficacité.

Dans ce climat de guerre économique que nous subissons,une agro-alimentaire compétitive, libérée de son fardeau énergétiquepourrait donner à la France le véritable pétrole vert dont elle a besoin.

Si demain un conflit beaucoup plus grave devait éclater,la France coupée de ses approvisionnements énergétiques verrait sonagro-alimentaire s'effondrer. il est donc urgent de permettre à l'agriculturede produire sa propre énergie.

Ainsi, non seulement l'agro-alimentaire ne serait plustributaire de l'étranger pour ses approvisionnements énergétiques que ce soitsous la forme de pétrole ou d'uranium, avec les risques que cela comporte, maisencore, son coût ne serait plus périodiquement perturbé par un accroissementdu prix de l'énergie. En effet, les pays producteurs d'énergie sont libresd'augmenter le prix de leur énergie à leur guise alors que les agriculteurs nesont pas libres d'augmenter les prix de leur production car ceux-ci sont réglementéspar les règlements communautaires, ou simplement plafonnés par le prix dumarché.

Dans une économie internationale globalement enstagnation sinon en régression, si on veut accroître sa part de marché, ilfaut le faire au détriment des concurrents en proposant des marchandises demeilleure qualité et à des prix compétitifs ou inférieurs. Comme la facturepétrolière augmente, il faut exporter davantage notamment des produitsagro-alimentaires. Il y a là un cercle vicieux dont l'agriculture fait lesfrais.

Dans la compétition internationale, les pays quidisposent de ressources énergétiques bon marché sont d'autant plus favorisésque la couverture de leurs besoins est plus large. Avec des ressources modestes,la France est très défavorisée. Son agro-alimentaire très mécaniséincorpore un coût énergétique élevé. Elle subit de plein fouet les haussesde prix de l'énergie.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le pouvoird'achat des agriculteurs baisse régulièrement depuis le premier choc pétrolier.Encore faut-il remarquer que l'agriculture a bénéficié de carburants détaxésce qui a tempéré ses souffrances.

Si l'agriculture française acquiert son indépendance énergétique,non seulement elle ne subit plus la loi d'une situation qui lui est défavorablemais encore elle va bénéficier des plus values induites par le renchérissementpermanent de l'énergie en les mettant à son profit. Il en résultera unaccroissement de compétitivité donc de production, ce qui dans le contexte dudéficit alimentaire mondial est une bonne chose. Ce sera aussi le moyen de seprocurer les devises nécessaires à l'achat de notre pétrole, car généralementles pays producteurs de pétrole sont des pays sans grosses ressourcesagro-alimentaires.

Il s'agit là d'un retournement complet de situation quipermet d'acheter de l'énergie avec de l'agro-alimentaire. Ce n'est pas uneutopie. L'autarcie énergétique de l'agriculture est une possibilitéqu'envisagent sérieusement de nombreux experts notamment du département américainde l'agriculture. La timidité et la relative rareté de ces affirmations résulteplus des pressions qu'exercent les nombreux intérêts liés au pétrole que dudegré de certitudes. On sait que l'agriculture fournit déjà avec ses sousproduits un potentiel énergétique suffisant pour satisfaire ses besoins. Ils'agit là d'une évaluation théorique, car beaucoup de ces sous produits nesont pas facilement utilisables. Cependant ce potentiel existe et montre qu'unappoint avec des cultures énergétiques et l'énergie solaire, celle du vent oula géothermie, suffiraient à garantir l'auto suffisance énergétique.

L'autarcie énergétique rurale va rendre caduquesbeaucoup de ces lignes électriques qui défigurent nos campagnes. Certes, celane fera pas plaisir à tout le monde, notamment ceux qui vivent de ce genre dechoses, mais ce sera la fin d'une situation qui, si on y regarde de plus près,est absurde. On reste en effet confondu de l'absurdité d'un système quiachemine à grand prix l'énergie pour servir des exploitations isolées etdispersées dans des régions souvent difficiles d'accès. On peut sans setromper affirmer que cette opération n'a jamais été rentable, mais soyonsjustes, il s'agissait d'acheminer le confort à la ferme et chez les ruraux.C'est le cas typique où le rentable s'efface devant le social.

Beaucoup plus grave est ce qui suit. Ce réseaude lignes électriques constitue une cible de choix pour des saboteurs en cas deconflit armé tout comme d'ailleurs ces grosses centrales qui font l'orgueil destechnocrates et l'angoisse des stratèges chargés de le défendre.

On frémit à l'idée que des terroristes bien entraînéspourraient en toute impunité s'exercer au chantage et paralyser l'économie derégions entières en s'attaquant par- ci par-là, à ces lignes électriques.Quant aux centrales elles-mêmes on imagine la catastrophe que serait leurdestruction surtout si cela avait pour conséquence de diffuser dans la naturecertaines substances terriblement toxiques et meurtrières.

La centralisation énergétique est une erreur sinon uneineptie sur le plan stratégique. C'est le meilleur moyen de livrerla France en otage aussi bien à des technocrates qui reprendraient à leurcompte les abus des grands monopoles qu'à un ennemi éventuel qui voudraitparalyser une économie en guerre. La vulnérabilité d'un tel système est évidente.

La redéfinition globale d'un autre système énergétiquedécentralisé sort de notre compétence. Nous n'avons réfléchi qu'au seulsecteur agricole et ses imbrications avec l'énergie.

Avec les énergies douces et renouvelables du typesolaire, la biomasse en étant un de ses aspects, chaque ferme, chaque commune,chaque bourg est à l'abri du pire. Quant au pays dans son ensemble, il acquiertsa sécurité alimentaire en cas de crise grave ou de conflit et sa compétitivitééconomique dans la guerre économique actuelle.

On a décidé récemment que l'agro-alimentaire serait unatout pour la France. Mais nos démêlés avec nos partenaires de la communautéeuropéenne démontrent à l'envi que notre position ne sera pas commode tantque nos prix seront supérieurs aux cours mondiaux .

Une agro-alimentaire restructurée solide et compétitivedevient une arme puissante pour équilibrer notre balance économique.Contrairement à ce que l'on pense, il n'y a pas que les grandes exploitationsdes plaines riches qui sont rentables. De même il n'y a pas que les grandesfirmes qui prospèrent. On voit souvent réussir des petites exploitations parceque ceux qui les gèrent ont fait preuve d'imagination et appliquent une gestionrigoureuse " Small is beautiful ".
Cette règle démontre chaque jour sa vérité. Nos produits agro-alimentairespeuvent être compétitifs sans que cela se fasse au détriment du niveau de viede l'agriculteur. Il suffit pour cela non seulement de lui en donner les moyens,mais encore ne pas lui retirer la meilleure part, celle que s'arroge ladistribution.

Lorsque la valeur ajoutée de l'agriculture est de 87millions de francs, celle de la transformation est de 113 millions de F et celledu commerce agro-alimentaire est de 112 millions de F. Cette dernière activitéqui n'a pas à supporter les investissements de l'industrie agro-alimentaire,les risques et les servitudes de l'agriculture, réalise une valeur ajoutéeconsidérable. On comprend pourquoi elle s'est développée si rapidement cesdernières années et pourquoi elle est si prospère.

Ainsi la première erreur est de séparer la fonctionagricole des autres fonctions économiques qui viennent se greffer sur elle. Sil'industrie de transformation agro-alimentaire, dont le rôle est essentielparce qu'elle stabilise la production et la valorise souffre, c'est parce queles marges se font ailleurs à l'occasion de la distribution dans les grandessurfaces. En conséquence, elle ne va pas pouvoir investir pour pouvoir accroîtresa productivité et va péricliter. Sans défense vis à vis de la distribution,elle se retourne vers la production encore plus vulnérable et lui impose desprix de misère, prix qui découragent la production. Ne serait-il pas pluslogique d'intégrer ces différentes fonctions économiques afin de répartirdes marges plus équitablement ? Notre agriculture y gagnerait en santé et encapacité de modernisation, gage de sa productivité et de sa compétitivitéfuture. De plus, l'argent gagné par l'agriculteur est investi dansl'exploitation alors que celui qui est gagné dans les autres domaines d'activitépeut être placé n'importe où, voire même à l'étranger, mais surtout pasdans l'agriculture où les difficultés abondent.

Il n'est un secret pour personne que la volonté publiquedepuis la fin de la seconde guerre mondiale est de diminuer la populationagricole afin de faciliter une mutation de notre agriculture en direction de modèlesmis au point dans les pays anglo-saxons et qui intègrent une part toujourscroissante d'énergie et de mécanisation. La Grande - Bretagne a été la premièreen Europe à faire cette mutation parce que sa situation au sein du Commonwealthl'obligeait à échanger des produits manufacturés chez elle contre des denréesagricoles produites à très bas pris dans certain pays tels que le Canada, laNouvelle-Zélande ou l'Australie très favorisée sur le plan agricole. Il en résulteque la population agricole britannique est une des plus faibles qui soit avec 3à 4 % de la population active.

La politique agricole de la France a donc été de tendrevers ce modèle et, de 40 % de la population active en 1938, la populationagricole est passée à 9 % (1981) *. On prévoit une réduction de 9 à 5 %dans les années à venir. A titre indicatif, la population agricole estrespectivement de 4 % aux Etats-Unis, de 3,5 % en Grande-Bretagne, et de 6 % enAllemagne fédérale. Bien entendu, la population agricole qui quittait la terrevenait grossir le flot des demandeurs d'emplois dans les secteurs industriels etceux des services. Pendant longtemps ces secteurs en forte expansion n'ont euaucun mal à absorber cette population venant de l'agriculture. La demande étaittelle qu'il a même fallu importer de la main d'ouvre immigrée afin de limiterla tension sur les salaires, et dans certains secteurs trouver des gens quiacceptent les conditions difficiles du travail.

C'est donc une agriculture française en pleine mutation,soumise à la dure loi de la concurrence internationale, avec une sélectionimpitoyable qui favorisait les bonnes terres et les grandes superficies, qui asubi de plein fouet la crise économique. On a cherché à compenser sonhandicap et ses difficultés par des subventions et des aides qui ont fait del'agriculture et de la coopération agricole une grande malade assistée. On apris des mauvaises habitudes. On a investi sans prudence, alléché par desperspectives trompeuses et on s'est livré pieds et poings liés aux produitsphytosanitaires, fertilisants, et autres aliments de bétails. Des contrats ontété passés qui sont pour les agriculteurs de véritables prisons où ilspassent leur vie à rembourser et s'endetter.

Pour devenir libre et responsable, l'agriculture doits'affranchir totalement ou partiellement de ces serviteurs trop intéressés quil'exploitent. L'agriculture écologique est peut-être une solution. Les énergiesnouvelles, type solaire ou biomasse en sont une autre.

La bio énergie est rentable. Il suffit d'intégrer autourde sa production l'ensemble des autres valorisations telles que épuration etproduits parallèles. Les exemples de réussite ne manquent pas notamment auxEtats - Unis où existe un libéralisme économique plus réel qu'en France.

Un éleveur de porcs du Middle West transforme son lisieren méthane. Par ailleurs et simultanément, il récupère de ce lisier unaliment du bétail riche en protéines qu'il recycle dans l'alimentation de sesporcs. Le CO2 produit est liquéfié avec 10 % du méthane produit et utilisédans les chambres froides de son abattoir. Rien ne s'oppose à ce qu'il le vendeà des tiers

Un autre élément d'appréciation de l'économie d'uneactivité est l'incidence de l'environnement structurel sur cette activité. Onoublie bien souvent que certaines activités ou productions ne sont possibles etrentables que parce qu'il existe par ailleurs un environnement permissif qui résulted'investissements à fonds perdus dits de structure tels que routes, ports,chemins de fer pris en charge par la collectivité.

L'agriculture française actuelle n'existe que parce quedes générations d'hommes ont défriché les forêts, épierré et dessouchéles champs, nivelé, drainé les marais et assaini les terres. Le biotope s'estmodifié. Des prairies sont devenues naturelles. On a construit des logementspour les hommes et les animaux, des granges pour le foin, des hangars pour lesmachines et les outils, creusé des puits, tracé des chemins…On peut objecterque tout ceci est amorti depuis longtemps. Il n'empêche que si tout celan'existait pas il faudrait le créer, ce qui représenterait un investissementénorme. Lorsqu'on se penche sur le cas des pays en développement, on réaliseque le plus gros handicap à leur développement agricole est précisément lecoût de premier établissement qui, intégré dans la rentabilité de l'opérationdécourage l'investissement.

Comment estimer la rentabilité d'une grange dont lafonction est de stocker de la paille dont la valeur immédiate est dérisoirepar rapport à celle de la grange à l'état neuf même amortie sur 25 ans.

En agriculture la rentabilité ne se raisonne pas de la mêmefaçon que dans l'industrie où tout va très vite dans la course effrénée del'évolution technologique. Amortir en moins de cinq ans en agriculture est un rêve.

Pour montrer la relativité des affirmations dans ledomaine agricole notons encore que bien que nos prétendus progrès s'avèrentpar certains côtés n'être que des régressions. Les rendements élevés n'ontété obtenus qu'au prix de dépenses de plus en plus lourdes de toute nature etau détriment de la qualité des produits, de leur rusticité, de leur valeurnutritionnelle et du rendement énergétique.

Avec l'énergie bon marché, on a pris l'habitude de lagaspiller. Certes la consommation croissante d'énergie s'est traduite par unaccroissement de productivité et de confort. Mais maintenant que l'énergie estchère, tout est remis en question, car l'agriculteur n'en a plus les moyens. Oril n'est pas question de revenir en arrière : la productivité estindispensable à son niveau de vie et le confort dans sa vie et son travail estun droit qu'il a acquis chèrement et qui ne saurait lui être retiré.

La structure de l'économie agricole est définitivementprisonnière de l'énergie et des moyens d'exploitation apportés par l'évolutiontechnologique. Le nier serait prendre un risque très grand. L'agriculteur nepeut plus se passer de cette énergie et de ses moyens. Or il s'est produit dansle monde une mutation qui fait que l'énergie est devenue chère. Face àcette mutation de l'économie mondiale dont il fait les frais, l'agriculteur estdésarmé. Les structures économiques et politiques en place sont inopérantespour résoudre ces problèmes. Si on n'aide pas l'agriculture à serestructurer, notamment sur le plan énergétique, on ne lui verra pas jouer lerôle de pétrole vert de la France. Cette restructuration doit être à lacharge de la communauté nationale, car la grande majorité des agriculteursn'en a pas les moyens. Cette restructuration concerne principalementl'investissement par les pouvoirs publics dans la création de mini stations etde stations collectives pour la méthanisation des déchets de l'agriculture etde l'élevage, afin de produire sur place ou à proximité des exploitationsagricoles l'énergie et les produits fertilisants nécessaires.

Pour rendre l'agriculture autarcique, il faudra prévoirun investissement dans la création de capteurs solaires, éoliennes et autressources d'énergie complémentaires pour faire l'appoint. Cette restructurationsuppose donc des investissements de type structurels comme cela se fait pour lesroutes ou les ouvrages d'art et dont la rentabilisation n'est pas directe et enaucun cas à la charge des exploitations. Comme l'enjeu de cette restructurationest une agriculture forte, compétitive et capable d'exporter dans le mondeentier ses produits, on peut affirmer que l'opération est rentable pour l'économienationale. Plutôt que de dépenser chaque année des sommes considérables poursubventionner une agriculture qui ne s'en sort pas, il semble préférable delui donner une fois pour toute les moyens de s'en sortir. De plus, l'expériencefrançaise peut être bénéfique pour la communauté internationale à la foisparce qu'elle va permettre d'augmenter ses disponibilités agro-alimentaires etparce que cela peut servir d'exemple pour d'autres pays qui ont à résoudreleurs problèmes alimentaires.

Ce qui précède nous amène à nous interroger sur lesrapports de force entre les états riches et pauvres en énergie et les abus quecela entraîne. Il serait plus exact d'ajouter une troisième catégoried'acteurs dans ce drame où les plus faibles sont toujours les perdants. Ils'agit des compagnies pétrolières.

Les compagnies pétrolières appartiennent généralementà des pays riches qui possèdent leur propre énergie et sont par conséquentà l'abri en cas de pénurie. Elles possèdent un atout considérable parrapport à la grande majorité des pays producteurs : celui de contrôler lemarché. C'est pourquoi les compagnies pétrolières ne sont pas du tout mécontentesde la situation actuelle et leurs protestations sont de pure forme. Il existe defait une complicité entre les pays producteurs et les grandes compagnies pétrolières.Toute augmentation du baril de pétrole constitue pour ces dernières uneaubaine car immédiatement cela signifie pour elles une plus value considérablesur leurs stocks. Dans le monde actuel, tel qu'il est, il est difficile d'espérerun changement. On remarque que l'URSS pratique une politique comparablepuisqu'elle s'aligne sur les cours mondiaux pour approvisionner les pays del'Europe de l'Est en pétrole. C'est pour elle un moyen de domination etl'attitude de la Roumanie, la seule à avoir des gisements de pétrole estsignificative.

La position de force des pays producteurs et descompagnies pétrolières les conduit à abuser de la situation ce qui met en périlla production alimentaire mondiale. En effet, l'agriculture étant de plus enplus dépendante de l'énergie, il s'effectue un prélèvement de richesses surle travail de l'agriculteur qui profite au pétrolier. Il en résulte unealimentation chère qu'une grande partie de l'humanité ne peut s'offrir.

On peut déjà s'indigner que l'énergie soit devenue lemoyen par lequel le travail des uns est exploité par d'autres comme jadis avecle prix du sel. On doit dénoncer le fait que l'énergie chère conduise àpriver l'humanité d'une alimentation qui lui manque tant, soit parce que lespays pauvres épuisent leurs disponibilités financières par leur achats en énergie,soit parce que le prix des denrées alimentaires s'accroît. Le rôle de l'agro-alimentaireest trop important pour résoudre le drame de la faim dans le monde pour qu'unepoignée de privilégiés ne vienne entraver son développement par la démesurede ses exigences. L'avidité de profits à courte vue pour les uns, lavolonté de tirer le meilleur parti de leur unique ressource pour d'autres sanstenir compte des conséquences que cela peut avoir pour les pays les pluspauvres, tout cela risque de conduire au pire. Certes, tout n'est pas illégitimedans la politique de l'énergie chère. Des pays désertiques qui n'ont que du pétroleet des réserves limitées doivent se préparer pour des lendemains difficiles.Cependant, si l'on n'y prend pas garde, un prix de l'énergie excessif va entraînerune récession générale surtout dramatique pour les pays les plus démunis. Cen'est pas en essayant de corriger les ravages causés par des aides qui sontsouvent un moyen déguisé d'imposer leur influence que le problème sera réglé.

Dans le schéma économique actuel, une énergie chèreconduit à une alimentation chère que seuls les riches, pays et individus,peuvent acheter et les marchés solvables se rétrécissent tandis que lespauvres sont condamnés à la malnutrition si ce n'est la sous nutrition.

La sous consommation entraîne une déséconomie d'échelleet la déstabilisation économique avec pour conséquence l'inflation par larareté, la récession économique et la crise.

En France, par le jeu des marges qui s'amenuisent, lesfaillites s'accélèrent. Les paysans abandonnent leurs terres et les vendent.Un jour ces terres seront achetées par ceux que l'énergie chère enrichit. Ils'agit d'une nouvelle forme de colonialisme par l'énergie, forme insidieuse carelle se fait sans bruit, à pas feutrés. Des sociétés qui gèrent des pétro-dollarsachèteront ces terres pour placer un argent délaissant une industrie fragiliséepar la crise économique mondiale.

Le coût de l'énergie atteint le cœur du monde ruralfrançais avec ses exploitations qui s'endettent, ces hommes qui s'épuisent etdécouragés vont à la ville mendier un autre emploi, ces terres qui changentde main.

Hier, au nom de la productivité avec une énergie bonmarché qui devait remplacer avantageusement l'homme au travail, on a favorisél'exode rural. Aujourd'hui, c'est cette énergie devenue chère qui chassel'homme de sa terre. Ceux qui restent recherchent dans cette énergie par la mécanisationà outrance la solution de leur survie, mais cette énergie est comme une droguedont il faut toujours user davantage mais qui finit par vous détruire.

La campagne se dépeuple pour des villes hypertrophiéeset sans âme où chacun perd son identité et ses particularités, alors qu'onvoudrait tant vivre au pays parmi les siens et dans ses traditions.

La France rurale, la France authentique, la France millénaire,avec ses variétés qui firent son étonnante richesse d'esprit et de culture,cette France là se meurt, dévitalisée, exsangue, anéantie. Ses racinespourrissent. Seuls quelques vieillards se souviennent et demain avec leur départ,ce souvenir s'en ira. Cette France là est prête pour la curée. La curée descitadins en quête de résidence secondaire, la curée des envahisseurs quisentent le pétrole ou l'uranium.

Il est presque trop tard, mais on peut encore la sauver endonnant aux paysans les moyens de se libérer de l'esclavage de l'énergie. Labiomasse et l'énergie solaire en sont un, la géothermie en est un autre. Toutce qui crée de l'énergie près de l'exploitation agricole, tout ce qui apportedes richesses au pays autour d'une énergie décentralisée, tout cela va donnervie à la France.

Au pouvoir énergétique entre les mains d'une minorité,il faut opposer un pouvoir vert aux mains des paysans. Il faut équilibrer lesforces pour éviter les abus. Tout monopole est un impérialisme. Un cartel depays, de sociétés ou d'individus se forme pour s'entendre et tout leurappartient. Une agriculture qui se nourrit d'une énergie venue d'ailleurs etqu'elle ne contrôle pas devient l'otage de ceux qui la lui vendent. Lever de l'énergie est dans les fruits de la terre. Tant que cela durera l'agro-alimentaire roulera au profit des pétroliers et de leurs complices lesproducteurs d'engrais.

Si notre analyse se confirme, cela veut dire que lasituation ne peut plus durer, car une énergie qui deviendrait hors de prixaggraverait dangereusement le déficit alimentaire et mettrait en péril desmilliards d'hommes. Ce serait le nouveau crime des pays nantis contre l'humanitédes pays démunis.

Les espoirs d'une solution politique à l'échelle planétairesont faibles à court terme. Les pauvres paieront longtemps pour enrichir lesriches. D'autant que certains, qui naguère dénonçaient les égoïsmes despays industrialisés, reprennent maintenant à leur compte les mêmes abus aunom d'un juste retour des choses.

La seule solution est technologique. Un pays comme laFrance se doit de tout faire pour desserrer le carcan qui pèse sur sesagriculteurs et ceux des pays pauvres, en développant une technologie qui libèrel'agro-alimentaire de son joug énergétique.

En rendant l'agro-alimentaire autarcique, en cette matière,on lui redonne vie et on crée un contre pouvoir alimentaire qui permet d'échangerplus équitablement l'aliment de l'homme contre celui de la machine.

Vous trouverez en annexe quelques données sur lesquellesnous fondons notre confiance en nos procédés. Nos procédés permettent detraiter la biomasse liquide ou solide en méthanisation en respectant le droit légitimedes agriculteurs à des conditions de travail décentes. Nos digesteurs nedoivent pas fournir que de l'énergie car cela diminue la rentabilité de l'opération.On peut noter par exemple que le gaz carbonique peut être liquéfié enconsommant une faible partie du méthane produit (environ 10 %) avec un faiblesupplément de prix d'investissement. Ceci pourrait permettre de consommer unepartie du méthane dont la consommation baisse en été au lieu de le brûlerdans une torchère. Signalons que le gaz carbonique liquéfié se vend 3 à 4fois plus cher que le méthane pur et qu'il s'en produit à peu près autant enpoids. C'est un produit très utilisé en agriculture pour la conservation desfruits et légumes et pour réfrigérer les chambres froides . Or c'est uneactivité à laquelle l'agriculture doit renoncer pour ne pas se heurter àcertaines sociétés qui en ont le quasi monopole en France.

Des conflits peuvent naître aussi du fait de laconcurrence que pourraient faire les engrais naturels aux engrais chimiques.Pourtant, l'élevage sans sol qui consomme des aliments produits ailleursrestitue un engrais azoté commercialisable.

Nous avons déjà mentionné que l'un des problèmesauquel l'agriculteur qui produit son méthane va se heurter est la variation deconsommation entre l'hiver et l'été. Par ailleurs son potentiel méthanigèneest parfois plus important que ses besoins. Enfin, les petites stations sontplus chères que les grandes. Si on veut bénéficier de l'économie d'échelleet assurer une pleine utilisation du méthane produit, on a intérêt à réaliserdes installations collectives, dans le cadre de coopératives de production d'énergieà partir des déchets agricoles de différentes exploitations agricoles peu éloignéesles unes des autres, et de créer simultanément des activités consommatricesde cette énergie ou transformatrice des autres sous-produits en vue de leurvalorisation comme par exemple le gaz carbonique ou le compost. On peut toutaussi bien acheminer les déchets à une station qui serait créée à côtéd'une usine existante et qui serait le principal consommateur de la productionde gaz.

C'est tout l'ensemble de la fonction valorisation qu'ilfaut repenser et non seulement la production d'énergie. Il est bien connu desindustriels que l'on gagne surtout de l'argent avec les sous-produits à telpoint qu'on les appelle maintenant produits parallèles. Enfin, tant que lameilleure part restera entre les mains des non agricoles, il sera difficile devouloir vraiment rentabiliser l'agriculture. Sans une intégration de celle-cidans un contexte élargi qu'elle maîtrise, toutes les solutions proposéesseront vouées à l'échec et ce, au détriment de tous.

Nous n'avons ici qu'effleuré le problème tel qu'il noussemble se poser. Sans doute certaines de nos pensées paraîtront excessives ouinexactes et mériteraient d'être affinées et confirmées.

Nous désirons surtout attirer l'attention desresponsables sur les dangers qui nous guettent. Nous ne nous contentons pasd'ouvrir un débat d'idées, nous apportons des idées et des outils qui, selonnous, doivent permettre de progresser en améliorant ce qui doit l'être.



L. Plas Ingénieur ENSIAA et M. David Technicien inventeur

* De 1988 à 2000 le nombre des exploitations est passé de 1 016 755 à 663 807; l'ensemble des personnes ytravaillant de 2 038 595 à 1 319 210 ; les plus petites jusqu'à 75 ha se réduisantde 18 511 468 à 11 173 090 ha, les seules en nombre croissant étant de grosseset très grosses exploitations de 75 à 300 ha, ces dernières ayant doublé(données officielles- Ndlr)



Notes annexes (non présentées dans ce texte)
comprennent :
A - Rentabilité de la méthanisation (fermenteur séquentielcontinu)
B - Solutions collectives
C - Ordures ménagères
D - Fermenteur torique continu à produits liquide
E - Données statistiques

QUELQUES ILLUSTRATIONS








Extraits du brevet Fermenteur solides à barges flottantes et photo de la maquette





Extraits du brevets du fermenteur modulaire à liquides


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